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22 mars 2026

4 min de lecture

Siri propulsée par Gemini : le pari risqué d'Apple

Apple a choisi Google pour reconstruire Siri de zéro. Un accord à 1,2 trillion de paramètres qui soulève autant de questions qu'il en résout.

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Siri propulsée par Gemini : le pari risqué d'Apple

Apple vient d'annoncer ce qui aurait semblé impensable il y a trois ans : pour refaire Siri, Cupertino s'est tourné vers Google. Le modèle Gemini, fort de 1,2 trillion de paramètres, alimentera la prochaine génération de l'assistant vocal d'Apple. Le déploiement est prévu dans iOS 26.4, bien que les délais glissent déjà vers l'été, voire vers iOS 27.

Le partenariat est signé. Les questions, elles, restent ouvertes.


Siri


Ce qui change vraiment avec Siri et Gemini

L'accord entre Apple et Google n'est pas un simple branchement de chatbot sur un assistant vocal. Il pose les bases d'une refonte en profondeur de ce que Siri peut faire.

Conscience de l'écran. La nouvelle Siri sera capable de voir ce qui est affiché à l'écran, d'en comprendre le contenu et d'agir dessus. Demander « réponds à ce mail en maintenant la même tonalité » devient possible, sans copier-coller, sans changer d'application.

Connaissance du contexte personnel. L'assistant pourra fouiller dans vos données pour répondre à des requêtes complexes : retrouver un podcast mentionné dans un SMS de trois mois, rappeler un rendez-vous évoqué dans un mail sans objet explicite. C'est la fonctionnalité la plus attendue, et aussi celle dont le déploiement est le plus incertain, pour des raisons de confidentialité.

Traitement sur Private Cloud Compute. Les modèles Gemini qui alimentent ces fonctions, baptisés en interne Apple Foundation Models v10, tournent sur l'infrastructure Private Cloud Compute d'Apple. C'est le garde-fou privacy que la firme met en avant pour rassurer ses utilisateurs. Les données ne transitent pas par les serveurs Google au sens classique du terme.

Les délais, symptôme d'un problème structurel

Siri 2.0 était attendue pour iOS 26.4, une mise à jour prévue en mars. Ce ne sera pas le cas, ou du moins pas en totalité. Certaines fonctionnalités sont déjà reportées à l'été, d'autres pourraient attendre iOS 27 en septembre.

Ce n'est pas anecdotique. Apple est habitué à tenir ses calendriers produit, mais pas ses calendriers IA. C'est la seconde fois que des fonctionnalités Apple Intelligence glissent de façon significative. L'IA générative a ses propres contraintes : tests de sécurité, gestion des hallucinations, équilibrage entre performance et confidentialité. Ces contraintes ne respectent pas les cycles de release traditionnels.

Le paradoxe Apple

Il y a une ironie évidente dans cet accord. Apple a bâti une partie de son identité sur deux piliers : la maîtrise verticale de son stack technologique, et la protection de la vie privée de ses utilisateurs.

Avec ce partenariat, Apple délègue à Google, concurrent direct sur Android, sur le cloud et sur la publicité, le cerveau de son assistant vocal. La confiance accordée ici n'est pas anodine : les décisions que Siri prendra, le contenu qu'elle interprétera, les réponses qu'elle formulera, tout cela reposera sur un modèle Google.

Apple encadre cela avec le Private Cloud Compute. Mais l'architecture de confiance est fondamentalement différente d'un modèle entraîné et contrôlé en interne.

D'un autre côté, la réalité s'impose. Apple avait pris du retard. Siri était à la traîne. Les utilisateurs comparaient l'assistant avec ChatGPT et Claude au quotidien, et la comparaison était défavorable. Le partenariat avec Google est peut-être le choix pragmatique d'une entreprise qui a préféré céder du contrôle plutôt que de perdre de la pertinence.

Ce qu'on ignore encore

Plusieurs zones d'ombre persistent à ce stade.

Les modalités financières. Aucun chiffre officiel sur ce que Google perçoit en échange de la mise à disposition de Gemini. L'accord est structuré autour d'une collaboration technique pluriannuelle, mais les détails économiques restent non divulgués.

Le partage des données à terme. Apple affirme que les données restent sur son infrastructure. Mais à mesure que les usages s'approfondissent (mémoire contextuelle, accès aux messages, intégrations tierces), la question de la granularité de ce partage mérite un suivi attentif.

L'avenir post-partenariat. Apple travaille-t-elle en parallèle sur ses propres modèles fondationnels pour reprendre le contrôle à terme ? Les signaux de recrutement et les brevets déposés laissent penser que oui, mais l'horizon reste flou.

Ce que ça signifie pour vous

Pour l'utilisateur Apple au quotidien, le changement le plus concret arrivera probablement avec iOS 27 en septembre : une Siri qui comprend réellement ce que vous faites, qui agit sans friction entre applications, et qui retient vos habitudes.

Si vous travaillez dans l'écosystème Apple (MacBook M5 sorti en mars, iPhone 17e, iPad Air M4), c'est une raison de patienter plutôt que de migrer vers une alternative. Le potentiel est réel. Les délais, aussi.

Ce partenariat entre Apple et Google est à la fois un aveu et une stratégie. L'aveu que la course à l'IA ne se gagne pas seul en 2026. La stratégie selon laquelle on peut s'appuyer temporairement sur la puissance des autres tout en construisant la sienne.

Reste à voir si Apple sait jouer ce jeu sans y perdre ce qui fait sa singularité.


Sources : 9to5Mac, Apple Insider, Geeky Gadgets, Tom's Guide